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  • Aurore

Entretien avec Guillaume et Baptiste Frey, Clos Thierrière

Dernière mise à jour : 5 sept. 2023

Le Clos Thierrière est un domaine implanté à Vouvray (Touraine, Loire) sur 12 hectares. C’est l’histoire de deux frères jumeaux, Guillaume et Baptiste Frey, tout juste 25 ans, qui ont racheté des vignes en 2021 afin de se lancer à leur compte. Ils produisent 5 cuvées, parcellaires et d'assemblage, en 100% Chenin.


Actuellement en conversion biologique, le domaine multiplie les expériences pour tendre vers une agriculture et une viniculture plus propre et respectueuse des biotopes naturels. Le nom du domaine vient d'ailleurs d'un projet de clos végétatif favorisant la biodiversité locale. Leur objectif ? Donner vie à des vins uniques, authentiques et vrais.


Pour découvrir leurs cuvées, contactez l'équipe commerciale à contact@vinhop.com.

Qu’est-ce qui vous a conduits à la viti-viniculture ?


On n’était pas spécialement destinés à faire du vin, car dans la famille, personne n’était dans ce milieu, ni dans le milieu agricole. Mais on a toujours eu une sensibilité à la nature, de par notre enfance au milieu des bois.


Nos parents, c’est vrai, étaient de grands fans de vin (du côté dégustation exclusivement), et on a commencé à s’y intéresser vers nos 19-20 ans. Quand on approche la dégustation, on découvre la diversité des régions, des appellations. On arrive vite à la notion de terroir et à ce qui se passe à la vigne.


Au début, je (Guillaume) devais commencer un poste de commercial à Paris et finalement, on m’a proposé de faire les vendanges chez Nicolas Réau en Anjou. J’ai dit oui directement et c’était génial. J’en ai parlé à Baptiste pour que lui aussi découvre, et c’est à ce moment-là qu'on s’est dit « pourquoi pas nous? ». En parallèle, je me suis inscrit en BTS viti-œno, et j’ai travaillé un petit peu chez Vincent Carême (Vouvray, Loire).


À partir de là, on a commencé à visiter différents domaines à vendre dans la région. Le choix de la Loire était assez évident, car on est nés à Amboise, puis grandi entre Tours et Royan. Et en plus la région a, on le croit, un gros potentiel dans les années à venir. On a d’abord cherché en Anjou, puisque c’est ici qu’ont démarré les prémices de notre histoire. Donc Thouars, Bourgueil, Chinon, et un jour on a visité un domaine sur la Rue Neuve de Vernou-sur-Brenne (en plein cœur de l’appellation Vouvray). On a eu un gros coup de cœur pour les vignes, les lieux. Le vigneron ne cherchait pas forcément à vendre, mais il se rapprochait de ses derniers millésimes, et a donc accepté de nous passer la main. On Plus qu'une reprise, c'est vraiment une création car l’ancien propriétaire était un fin connaisseur des terroirs et avait un certain nombre de millésimes derrière lui, mais il travaillait en conventionnel dur, et ce n’était pas du tout la vision qu’on avait des terroirs et de la nature. On est en ce moment en conversion vers la certification biologique, on est passés en 100% manuel, et on souhaiterait vraiment travailler le plus proprement et naturellement possible. Tout ça est allé très vite, puisqu’entre ces premières vendanges et aujourd’hui, il s’est passé à peine plus de 2 ans.


Qu’est ce que vous diriez aux vous d’il y a 10 ans ?


On est jeunes, donc le recul est minime. Mais de continuer à faire ce qu’on fait, à ignorer le regard des autres, et à vivre par passion. C’est vraiment ça, au final, le plus important : la passion. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, on veut faire les vins les plus justes et les plus vrais possible.


Quel est votre premier et/ou plus marquant souvenir de vin ?


À priori, on a le même premier souvenir lié au monde du vin : plus petits, nos parents organisaient des mises en bouteille de vin de Chinon acheté en vrac, avec leurs propres étiquettes faites et imprimées maison, puis collées artisanalement au blanc d’œuf. Ce n’est pas vraiment un souvenir de dégustation, mais ça reste un souvenir de vin dans le partage avec la famille et les copains.


Sinon récemment, on a rendu visite à Olivier Humeau (domaine des Menhirs, près de Saumur, Loire), qui travaille essentiellement le Cabernet Franc. On a pu discuter très longtemps, et surtout on a goûté un millésime 2011 et c’était un très joli moment, il y a eu beaucoup d’émotions.


Qu’est ce que vous voudriez qu’on dise de vos vins ?


Quand on présente nos vins, on déteste parler des arômes qu’on est censés ressentir etc. Par exemple, ça nous arrive d’avoir des gens qui disent que "ça sent le bonbon arlequin", ça on sait l’expliquer, mais c'est un exemple pour montrer que chacun a ses souvenirs et ses références. On considère que la dégustation, c’est propre à chacun selon les goûts. Donc on présente juste comment on travaille, et comment s’est passé le millésime. C’est ce qui donne lieu à une vraie réflexion et un vrai échange derrière.


Ce qu’on aimerait, c’est qu’on dise que nos vins procurent de l’émotion, une vibration, quelque chose qu’on ne sait pas vraiment décrire mais qui est là. Si on résumait nos vins à « ça c’est un Vouvray », on pourrait presque mal le prendre, ça veut tout et rien dire. On veut qu’on reconnaisse que nos vins sont bien faits bien sûr, mais qu’ils aient ce petit truc en plus. Par exemple récemment on s'est rendus à la Paulée des Vins de Loire, et on a eu l’occasion de goûter Les Noëls de Montbenault de Richard Leroy. Tellement de choses se passent niveau vie, vibrations, émotions. C’est exactement ce qu’on aimerait avoir sur nos vins.


Pour nous, cette vie et ces émotions, ça passe par le non-interventionnisme et le naturel. Bien sûr, il ne faut pas tomber dans l’extrême et être là quand même, mais d'après nous pour donner vie à ces vins la, il faut laisser la vigne et le raisin vivre leur vie le plus possible .


Quel autre terroir / cépage aimeriez-vous vinifier ? Et pourquoi ?


Guillaume : Personnellement, le Cabernet Franc, pour rester régional. D’abord, parce que c’est le premier cépage que j’ai vinifié (chez Nicolas Réau en Anjou), et puis parce qu’on en a fait un peu cette année et que c’était vraiment bon. C’est un cépage qui a énormément de potentiel (de goût et de vieillissement), et quand c’est bien fait ; c’est incroyable. Pour le terroir, je ne sais pas… là où il s’exprimera le mieux, j’imagine !


Baptiste : Moi je dirais plutôt un cépage du Jura ; le Trousseau ou le Poulsard. Ce sont des cépages que j’adore, plutôt simples mais gouleyants, des petits bonbons. C’est sûrement aussi lié au fait que là-bas on fait beaucoup de vin nature, dans lequel on retrouve justement ces vibrations et émotions, qu’on n’a pas dans un produit transformé dans lequel on est intervenu.


Qu’est ce que vous retenez de votre formation ?


On n’a pas vraiment de formation. Le peu que j’ai eu en BTS (Guillaume), c’est tout ce qu’on évite de faire. La formation à l'école consiste essentiellement à apprendre comment prévenir les problèmes, et donc à traiter. Mais quand les raisins sont beaux et n’ont pas de problème, il n’y a aucune raison d’intervenir.

On n’applique donc pas grand chose aujourd’hui, hormis sur la partie viticulture, où on apprend quand même cette idée d’accompagner la nature plutôt que de la forcer.


Comment épouse-t-on au mieux la nature ?


Tout simplement en l’accompagnant. Même si sur nos parcelles à Vouvray, on a des différences de sol, elles restent minimes. On retrouve quand même une approche globale sur les 12 ha. Et donc on va s’adapter à ces différences, et aussi s’adapter au millésime (ex les années chaudes on va essayer d’éviter la chaleur, l'évapo-transpiration, pallier au manque d’eau, adapter la date des vendanges pour récolter à maturité etc).


Chaque année, on repart de zéro, et on cherche avant tout à comprendre le millésime et la nature pour ne pas avoir à forcer la vigne. L’idée, c’est vraiment de la restreindre sans la contraindre. Les ceps, il ne faut pas l’oublier, sont avant tout des êtres vivants, et donc on essaie juste de les mettre dans les meilleures conditions possibles pour qu’ils donnent de beaux raisins. C’est tout !


On essaie vraiment de développer cette compréhension et appréhension des terroirs au fur-et-à-mesure. On est installés que depuis deux ans mais on s’intéresse beaucoup à l’étude des sols (en ce moment une étude avec 200 carottages a été lancée par l’AOC). On a aussi pour projet d'en faire sur nos parcelles spécifiquement.


Pour finir, y a-t-il eu une rencontre qui a changé votre manière de voir les choses ou vous ont particulièrement marqué ?


La lecture de Les Ignorants d’Etienne Davodeau avec Richard Leroy. Malheureusement, on n'a pas encore eu la chance de le rencontrer personnellement, mais on a lu la BD tous les deux et on a beaucoup aimé. On y a retrouvé beaucoup de valeurs un peu perdues de vue dans nos sociétés, mais qui nous tiennent à cœur et nous inspirent au quotidien : la patience, le côté humain et social, la compréhension, la persévérance, la ténacité au travail… On s’est d'ailleurs rendus compte que les personnes qui font du bon vin sont souvent des personnes exceptionnelles, intéressantes, et avec qui on passe des vrais moments de vie. Chacune de ces rencontres ramène une petite pierre qu’on essaie d’ajouter à notre édifice, et on avance comme ça !

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